28/02/2009

L'Encombrement informatique

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Depuis jeudi, ma boite de mail est encombree de mails. Comme la conference de presse pour les evenements aura lieu semaine prochaine, lundi pour pekin, on est en pleine bataille pour les preparations. Dernieres versions docs presse, derniers tirages poster brochure kakemonos backdrop flyers, les invitations constamment modifiees et renouvelles et envoyees selon les demandes et les corrections, et envois, reponses, rappels, negociations, comptes rendus... prenons vendredi, le jour jusqu'ici le plus chaud mais qui ne serait pas plus chaud que demain, dimanche ou l'on se lancera freely pour tout arranger, j'ai eu 84 mail vers midi, j'ai tjrs continue a repondre, mais comme les mels continuaient a arriver, j'en avais encore 87 vers 21h30 quand on s'arretait. Et en ce moment la, j'ai jete un coup d'oeil, il me reste 92 a ouvrir demain matin.

A vrai dire, ca ne m'ennuie pas du tout, bien qu'un peu stressant vu le temps qui passe. Ca m'excite, autant que le memoire de 100 pages, probablement que je les ai vecus pour la premiere fois.

C4est en revqnche mon propre ordinqteur aui co;;ence 0 ;4enb[eter pour ;e provoquer une petite crise ce ;qtin. Mon disc C a ete encombre par je ne sais quel virus mysterieux, et en delenchant le systeme XP, j'ai rendu compte que mon ancien systeme a disparu et tout le Windows a ete comme remis a niveau. Perte de certains documents que je depose sur le Bureau, peu importe, heureusement que j'ai mis les importants dans les autres discs.

Pire est qu'en essayant de faire le set up avec un disc Win XP anglais, l'installation ne peut s'achever; et quand j'utilise l'autre disc en chinois que mon voisin m'a prete, toute indication est desormais en anglais et, une fois accede au Bureau et que je ;e prete q 2crire, je ;e rends compte de ne plus utiliser le clavier francais: a choisir la facon de tape en chinois ou en anglais seule;ent, bien que j'ai suivi correctement les demarches pour ajouter un autre Input de langue. C'est tr7s ennuyeux parce que je suis telle;ent habituee a taper l'anglais et le francais a la francaise(ie: avec le clavier azert), bien que j'ai un clavier anglais(ie: asdfg), et que j'ai du maintenant reconcer aux accents francais tout en ralentissant la tape, afin d'eviter l'inlisible tel que: 3Essqyons d4[etre plus lents aue l4ordinqteur///3

J'avoue que je suis un peu fatiguee ces deux jours, mais comme ces missions me plaisent beaucoup, je m'y laisse emmerger. Les jours coulent ainsi d'une vitesse a la fois surprenante et imperceptible: reveil, metro et lecture, pt dejeuner en attendant le reveil de l'ordinateur du bureau, boulot, blocage ordinateur, dejeuner et chat, cafe et boulot, distribution-snack, fermeture bureau, bus et lecture(a deconseiller en general, mais la ligne que je prends me permet cette pratique..), diner et petit promenade, spectacle ou ecriture ou lecture, dodo.

J'ai senti dans cette vie quelquechose d'inconnu qui forme de petits creux a l'interieur. Ne sais ni les nommer ni en ecrire. J'ai pu toutefois trouve l'un des contenus des creux, grace a une phrase que j'ai recueillie parmi d'autres lors de nos chat: on est en France la ...quand on est ici on est en France. En entendant ca, un sentiment complexe m'a occupee, et le brouillard m'a regagnee dans la tete.


my female soul-mate, jour, Wang Jiasha de Shanghai

25/02/2009

Les leçons d'un petit tremblement de table

La philo-sophia du trou



"Que faire devant un trou? " lorsque j'ai pris cette photo, m'est revenue soudainement la question, the very first, que M. Girard nous a posés dans le premier séminaire de mon parcours Mundus.

Suite à cette question, c'était une invitation à la réflexion et un jeu faussement psychologique qui avait pour but de distribuer les sujets et les exposés à préparer pour les crédits de ce séminaire, l'un de mes favoris.

J'ai pensé à ce moment de jeu intellectuel alors que j'étais dans le bureau, devant cette planche joliment trouée, conséquence d'un petit tremblement de table vers 10H du mat du 16 février 2009: le coup de BOOM~ et des éclats de rire(l'une des signatures de la patronne) de suite dans le bureau à côté ont fait sauter Peng et moi du siège pour aller témoigner de la catastrophe.

Fait: une collègue a essayé de rapprocher un peu sa table en tirant la planche du genre IKEA(ie: 4 pieds+ une planche) vers elle, et la table a résisté à ce geste et s'est éroulée en 1 seconde, emmenant avec elle toutes sortes de feuilles et de post-it, les discs, un téléphone, une tasse dont la poignée s'est cassée, les petits riens, et l'ordinateur.

Ca rend fou de rire, ce spectacle qui nous a chassé le sommeil du début de la semaine--quoique celui-là était loin d'atteindre le niveau dramatique de l'écroulement des Tours Jumelles. Un petit moment d'appréciation de l'effondrement et des désordres remonte le moral, et après coup, Peng retrousse ses manches, dresse la planche, récupére les vis, et tac, la table est refaite.

On a mis une heure pour ménager la géographie du bureau grâce à ce petit moment exceptionnel et, une fois qu'on a reconnecté les fils en-dessus et au-dessous des tables, tout refonctionne tout de suite et on a applaudi l'ordinateur en se moquant de la tasse de thé: ce dernier étant créature performante qui subsiste sans la moindre blessure.

L'ordinateur donne de multiples leçons:
-Point 1: il faut être aussi fort que l'ordinateur malgré les catastrophes artificielles.
-Point 2: il est souhaitable d'être plus rapide que l'ordinateur qui a l'air sot surtout lorsqu'on rentre dans le système Microsoft Offices.
-Point 3: A 12H30 lorsque l'ordinateur bloque, il est préférable de peiner à continuer le travail jusqu'au moment de déj, le plus merveilleux de la journée(ou le plus terrible quand on est combré), que de déclarer d'une manière ou d'une autre la faim: de la patience, encore de la patience, même si ça ronge le coeur et l'estomac.


pieds à pieds



23/02/2009

La vente des têtes chinoises est-elle légitime?

De la chaussure aux têtes en vente, qu'on n'en finisse jamais de parler de la blessure, l'adorazione et la tension autour de et avec ce sacré pays, mon pays, qui est la Chine.

En voilà une nouvelle affaire qui met encore une fois la France et la Chine en deux pôles opposés. D'un côté, c'est la libre circulation des objets d'art, DONT une tête de rat et une tête de lapin en bronze provenant du Palais de Yuan-ming-yuan/Palais d'Eté à Pékin, sur le marché d'enchères Christie's; de l'autre, c'est l'inacceptabilité que ces deux "reliques" qui portent l'empreinte de l'Histoire de l'opium et du fameux pillage de la troupe anglo-franançaise dans le Yuan-ming-yuan soient en vente sur le marché à l'étranger.

l'aspect juridique:

Pour la Chine, c'est chose évidemment nationaliste et c'est au-delà, car on a tant de sensibilité pour cette Histoire mille fois répétée dans les manuels historiques que l'on a presque le réflexe de s'énerver en pensant à l'invasion des armées ouesternes et au terme de la diginité nationale. S'agissant de l'interprétation chinoise des deux têtes en bronze, on sait que c'est truc symboliste, ceux qui ont la connaissance d'histoire de l'art connaissent ce terme. Alors c'est compréhensible, ce zèle pour le pays, et pourtant on n'est pas arrivé à se comprendre et on se laisse coincer devant le tribunal: endroit où l'on trouverait la solution ultime. J'ai lu quelques parts que le droit est le plus bas niveau de l'éthique, j'y crois mainenant, et j'ai compris que, malgré mon intérêt pour le droit, je n'aurai jamais autant de sentiment pour cette discipline que pour les lettres et les arts.

La vente des 8 objets d'art est en cours entre aujourd'hui et le 25 février. Si les têtes rat et lapin se mettront en vente le 25 au dernier moment de la vente, et qu'on peut en supposer une petite proportion d'annulation, c'est qu'un avocat chinois qui vit à Paris a organisé la préparation des dossiers avec une association d'avocats en Chine pour faire avancer une action urgente. Il aurait fallu avoir une bonne connaissance du droit français pour cela; et aujourd'hui qu'on met de plus en plus d'accent sur la judisprudence (qui convient bien au goût chinois), cet avocat a bien envisagé une possibilité de gagner l'action parce qu'il existe un cas exemplaire où Maroc a réussi à annuler une vente dans le contexte pareil.

L'aspect communicatif:

Ces infos m'ont été transmises par un ami journaliste qui reprend les études à Paris. Au fait, je me suis intéressée à cette affaire assez tôt vers mi-janvier. J'étais alors en stage d'une journée avec une journaliste française basée à Pékin, je suis allée faire une interview avec elle par pur hasard, et l'homme qui nous recevait était l'avocat qui est initiateur d'une association d'avocats qui ont pour vocation de faire retourner les anquitités chinoises perdues à l'étranger: c'est bien idéaliste, comme lui-même a affirmé, et c'est en suivant les quelques cas réussis selon la loi anglo-saxonne qu'il a décidé de faire ce geste. La difficulté en est évidente, dit-il, celle de la communication des aspects culturels et juridiques. J'ai dit qu'il y aurait sans doute les gens à Paris qui pourraient aider, au moins sur la première moitié des problèmes.

J'ai proposé cette affaire au journaliste à Paris sans beaucoup d'espoir, ce fait du bien à la santé lorsqu'on fait qch alors qu'on en porte peu ou pas d'espoir. La réponse du journaliste d'il y a trois jours m'a été inattendue. Je n'ai pas pensé qu'ils ont pu contacter un avocat pour s'engager à l'action. Et puis, un communiqué en chinois m'est parvenu pour que je traduise en français.

J'ai eu de la peine pour le finir, car ca a été d'un ton qui ne m'est pas du tout familier. J'ai dit en renvoyant le texte que c'était presque bon. Puis lorsque j'ai vu le communiqué finalisé, dont j'ai bien apprécié l'aspect argumentatif, je me sens assez contente de voir que la moitié de mon texte a été modifié. Sans avoir besoin d'en faire la comparaison, j'ai compris que mon texte ne peut pas être pris car mon hésitation sur l'affaire même se lit entre les lignes: je confirme que de faire une action pour empêcher la vente est geste brave, qu'il faudrait hausser le ton pour au moins faire savoir ce que signifient ces deux têtes pour les Chinois, pour rappeler l'Histoire; mais j'affirme en même temps le bon droit de possession, selon la loi française bien sûr, de la part d'YSL de ces têtes(ce serait comparable avec le cas des parents adoptants qui ont le droit de garder leurs enfants qui ne sont pas obliger de retourner vivre avec les parents qui leur ont fait voire le monde) et je ne suis plutôt pas optimiste pour la réussite de l'action . Si le retour des têtes devenait un cas juridique, de nombreux musées européens s'en serviraient pour se mettrent à accuser l'un à l'autre et faire retourner les oeuvres d'art dans leur propre pays: la France à accuser l'Allemagne, l'Espagne, les Flamands à accuser la France, l'Italie, les Royaumes-Unis et la France à s'accuser l'un l'autre...

Les pays n'agiteront certainement pas comme tel, il y aurait une certaine exception des oeuvres d'art qui les en épargne (et que, pardonnez-moi, je ne sais préciser davantage). Et puis, faisons un saut au gouvernement chinois, les messages que j'ai reçus m'impliquent que le gouvernement s'en fiche plus ou moins de cette vente, les avocats volontaires ne peineraient pas autant pour les démarches juridiques s'il y avait les soutiens /aides de la part des autorités du pays, sans parler que le gouvernement a d'autres choses à s'occuper en ce moment où l'économie s'inquiète de plus en plus. Tout le monde sait bien qu'on ne peut que/il faut bien mettre de la pression, quel que soit le résultat.

l'aspect journalistique:

La diffusion du communiqué de presse, envoyé au nom de l'association Amis du Printemps, est très souhaitée par l'ami journaliste. Je n'ai pas pu le faire à ce début de la semaine où je me laisse bombarder par les méls; le soir, au moment où je prépare ce billet, je lis déjà plusieurs articles sur ce texte et sur l'avancement de l'action qui se déroule à Paris.

J'ai particulièrement aimé ce qu'a écrit Pierre Haski sur le site Rue89 (cliquez ICI pour lire le texte), une longue analyse écrite avec passion. Et ma première réaction, curieusement, c'est que j'ai finalement compris la différence entre la communication et le journalisme! Ca égare le sujet, mais ca a été ce dont Haski parlait à l'occasion d'un séminaire du Festival photo-journalisme Visa pour l'Image à Perpignan l'été dernier, un topic qui angoisse les professionnels en temps actuel et qui fait partie des dites "crises de la presse écrite". De ma part, je crois pouvoir dire que le journalisme, le VRAI, c'est analyse de toute part, clarification de tous les faits et mise-en-contradiction de tous les points de vue, tout se faisant avec l'objectivité et droiture (si ça existe).

Dans le texte de Haski, une possiblité de compromi est déjà prononcée, comme dans plusieurs d'autres médias: offrir à la Chine ces deux têtes comme cadeau, car au final, ces deux têtes ne valent pas tant que ça pour Pierre Berger. Mais alors ce bon monsieur Berger a laissé entendre dire que lui offrira ces têtes à condition que la Chine améliore la condition de droit de l'homme.

"Absurde." commente Haski. De ma part, le propos de Berger m'a fait rire. La bonne volonté de M. Berger, qui s'est engagé à soutenir les étudiants sortis de l'affaire tian-an-men de 1989, serait indéniable, mais avec une dose d'arrogance, et en même temps simple, pour ne pas dire romantique (voilà le mot qui agace parfois les Français qui vivent en Chine). La condition humaine en Chine a tant à améliorer, il est très vrai, mais pourquoi lui, il imite aussi fidèlement son Président? L'amélioration du droit de l'homme en Chine ne se fait pas en mettant deux choses qui n'ont pas tant à voir aux deux côtés de la balance, et s'il voudrait y contribuer, il lui aurait fallu faire autrement: faire les expos, par ex, sur l'art, sur l'Histoire, sur la connaissance de l'art, ou du marché de l'art, pourquoi pas.

Ce serait du délire de proposer n'importe quoi en pensant tout toute seule. Toutefois, s'agissant de la vente des têtes, une solution m'a semblée bien acceptable: offrir les deux têtes aux musées de l'art chinois/asiatique à Paris. Il n'y pas qu'un musée parisien au choix: Guimet que j'ai connu grâce à une française sinophone(?), et Musée Cernuschi dont un Chinois à Paris a mis du lien dans sa réponse au communiqué. Si cela soit fait, tout le monde sera content. Les Chinois se caleront un peu si l'on explique l'idée de l'exception culturelle, le gouvernement chinois se contenterait de ne pas y mettre la pression, les diplomates français n'auront pas à serrer le nerf, le public français et européen aura l'occasion d'aller voir ces têtes chinoises et connaître un peu la civilisatoin/l'Histoire chinoise, et Pierre Berger, tout comme ce qu'a écrit Haski, aurait pu donner une très belle leçon humainitaire et historique à la Chine, par sa tolérance et sa générosité (ex. du don/mécénat que les riches chinois sont absolument invités à suivre!), avec éventuellement la citation de Hugo qui accompagnerait son joli geste:

"L'empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il était aujourd'hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du palais d'été? J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée."


Mais existe-il un idéal qui se rend réel?


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Infos Presse:

-Pour consulter le communiqué en question: cliquez ICI (fr/cn)
-Infos AFP actualisées: cliquez ICI

20/02/2009

Il y a longtemps que Philippe Claudel veut honorer Rohmer (mais en est loin)

-Li Peng, Delphine, venez!!
-Oui?

-Alors...bonne nouvelle: Il y a longtemps has received yesterday the Golden Globes Awards best actress and best foreign film aux Bafta Awards à Londres.
-Wow... C'est quoi le XXX Awards?
-Hé bien...disons que c'est Oscar britannique!



Il y a longtemps que je t'aime, ou I've loved you so long en anglais, ou encore爱你已久 comme traduction officielle en chinois. J'ai connu ce film de nom, non parce qu'il est dans la liste des films sélectionnés pour le Festival Panorama, mais que le lettré shanghaien qui est l'invité du ciné-club m'avait dit que ce film serait projeté fin février à l'Af Shanghai et qu'il voulait savoir ce que j'en pense.

Ce que j'en pense sur ce film, apparemment très affirmé par le public français et anglais, se résume en quelques mots: Un peu de tension, beaucoup de douceur, et de douleur. Très littéraire. "Rohmer est Racine du XXe Siècle. Vous en êtes d'accord?" dans le film lors d'un dîner des collègues, l'un des profs de littérature a donné cette parole. Voilà l'essentiel de tout, enfin!

Ce qui m'attire dans ce film, c'est, primo, le fait que Philippe Claudel est écrivain qui devient réalisateur pour tourner un film; secundo, le titre qui accroche et qui trompe, avec lequel on ferait facilement lien à une histoire de coeur. Ma collègue chinoise qui a traduit les synopsis a même renoncé à voir ce film en premier parce qu'elle en a un peu peur, ce genre d'amour qui dure "longtemps" et, avec ce portrait d'affiche impassible qui couvre pourtant qch, contiendrait forcément les drames voués à la déchirure.

L'aspect dramatique a en effet marqué ce film. Tant de petits inattendus surgissent, de petits secrets se dévoilent, à partir du moment même où Juliette monte dans la voiture de sa petite soeur Léa qui la croyait ne plus exister. L'identité de Juliette seule trouble et produit une double tension: d'un côté, le fait qu'elle a été condamnée de 15 ans de prison parce qu'elle a tué son propre fils--et on n'a jamais su pourquoi, rend nerveux le mari de Léa, père de deux petites filles adoptées, à chaque fois que Juliette et ses enfants se rapprochent. De l'autre, la nouvelle vie sociale de Juliette s'avoue difficile, non seulement les gens ont peur des "prisonniers"(la même peur qu'on a pour les HIV positives, les schizophrènes, parfois les psychiatres), encore que cela relève du passé, mais une personne longtemps enfermée physiquement et mentalement comme Juliette ne sort pas sans peine de cet état d'être, se trouve à l'aise seulement avec les livres qui l'ont accompagnée dans sa vie emprisonnée, et devient hyper farouche et sensible pour se défendre brusquement et se montrer provoquante. D'autant qu'elle ne sait ni ne veut mentir, dit ce que les agents de police lui ont dit à ceux qui allaient l'embaucher: j'ai tué mon fils de 3 ans. J'ai été en prison pendant 15 ans. A quoi s'attendre alors d'une femme qui a commis le crime censé l'un des plus graves et atroces qui choque sans merci?

Toutes les tensions autour de la mort et de la moralité que Claudel a su installés sont bien raisonnables, les sentiments d'angoisse, de douleur et d'incertitude se transmettent avec la sensation de nervosité et de mauvais préssentiments, bien merveilleusement interprétées par l'actrice Kristin Scott Thomas comme à travers le langage imagier qui parfois évoque le style polar hérité de Hitchcock: l'agitation du mouvement de poursuite de l'oeil-caméra; une coloration de la lueur crépusculaire à l'intérieur de la chambre où se trouve Juliette et l'enfant, rendant l'ambiance de la scène à la fois douce et douteuse; et les faux présages tels que le gros plan du couteau qui coupe la gâteau d'anniversaire, et avec lequel on irait penser que ça préparerait sinon un assassinat, au moins un enlèvement, tandis que ni l'un ni l'autre n'aura pas lieu.

Il m'a semblé néanmoins que plusieurs des hauts moments dramatiques ont été cherchés: trop brusques ou trop délibérés pour être naturel. Prenons la suicide de l'homme divorcé qui a aidé Juliette pour son nouvel emploi et qui a du sentiment pour elle :c'est un fait annoncé comme coupé de la scène où Juliette se rend au commissariat pour signer un certain rapport de nouvelle sortie. " Si son voyage en Toritolio(?) dont vous parlez veut dire deux coups de balle à la bouche, je dis oui." cette nouvelle s'est ainsi transmette à Juliette stupéfiée. Il y a certes les liens entre la suicide et Juliette, mais la dose du bouleversement sentimental me semble être inutilement surmesurée.

Cette insuffisance du naturel est dû probablement au rythme différent de la mise-en-drame entre un roman et un long métrage. La narration de ce dernier étant plus dense, il est donc plus délicat de soigner les interstices entre les événements pour qu'ils soient vus comme un tout en environ 2H de spectacle. C'est aussi sur ce point que je dis que Claudel ne maîtrise encore pas la caméro-stylo qui a marqué Rohmer. Dans les films rohmériens, dont l'Ami de Mon Amie que j'ai vu il y a quatre jours (c'est grâce au rétro de Rohmer organisé au CCF à Pékin), les histoires sont en général très fluides, et c'est dans la fluidité que se déroule le jeu du genre "Ah, c'est encore vous?!" , où toute une série de croisements manqués avant le bon couplage final. On y trouve aussi les éléments disons délibérés, comme la couleur des vêtements de chacun des deux couples qui se répondent, et qui concluent que les couleurs différentes, plutôt que celles homogènes, font de bons couples: une composition délibérée, faite par ingénuité et par humour, par philosophie aussi.

La pratique d'éléments délibérés chez Philippe Claudel se voit à travers les détails du film, et l'une des réussites évidentes en est le titre. C'est seulement au 2/3 du spectacle qu'on arrive à comprendre qu'il s'agit plus directement, autour de ce titre d'accroche, d'une chanson d'enfance qui relie Juliette renfermée et Léa qui sauve et défend l'âme restituée par l'amour. Le sens amoureux incarné dans ce titre s'affirmera plus tard: le nouvel amour de Juliette avec le prof littéraire(qui a enseigné dans la prison et qui aurait lui aussi commis une crime et vécu la vie emprisonnée) germe, au fur et à mesure que les deux se rapprochent, se sauvent de l'enfermement partagé en s'ouvrant peu à peu la partie grise de leur âme aussi bien que leur sombre passé indicible.

Cet épisode bien romanesque est à mes yeux l'un des mieux construits dans le film, et cette relation amoureuse même occupe la moitié du noyau de l'histoire qui touche. Or, la douceur de l'épanchement réservé (qui ne se font pas à n'importe qui!) et l'équilibre entre ces deux âmes reconstruites gâche un peu lorsque la vérité s'est révélée au dénouement, et qu'elle déstabilise ainsi toutes sortes de tensions durant la projection : l'innocence de Juliette.

C'est un plaidoyer sentimental de trop qui vise décidément à provoquer les larmes. Ce résultat même m'a semblé anormal(ou trop banal, du point de vue de la dramaturgie cinématographique) pour ne pas dire absurde : ça alors, tout effort que le spectateur a fait pour croire à la Juliette refaite n'a pas de fin. Le crime n'a jamais eu lieu, ce qui renverrait une petite vengeance morale à ceux qui auraient exprimé le mépris. D'autres parts, la lecture qui sauve, le pouvoir magique des livres que Claudel n'a pas manqué d'honorer, et qui aurait largement contribué à la reconstruction de l'âme coupable, se dissiperait pour se transformer en bonne habitude de passe-temps durant l'emprisonnement.

Cette souffrance de 15 ans sans crime rend de suite sacrée la figure de Juliette. C'est en réalité une mère qui a tant souffert pour son fils mourant (à l'insu de tout le monde) et pour son propre amour maternel: "la plus terrible prison, c'est la mort de l'enfant." C'est cette phrase qu'a dit Juliette à la bonne fin du film qui m'a éclairé l'intention de Philippe Claudel: il y a des moments où l'on crée un événement juste pour sortir une deux phrases essentielles à soi, et l'histoire de Juliette en est exemple.

Ma meilleure amie du lycée a dit il n'y a pas longtemps que quand les écrivains travaillent, ils sont avant tout en train de soigner leurs propres problèmes; il y en a qui sont grands parce qu'ils parviennent à rendre universels leurs problèmes. On peut s'attendre de même de la part de Claudel, dont ce premier film s'avoue très positif, bien que ce n'est pas encore un film de valeur pour moi: un film de valeur serait celui qui coule, qui dialogue avec le spectateur de diverses façons, qui n'a pas beaucoup de relief dramatique mais s'il en a un, c'est electrique, il bouleverse au lieu d'accroche, et il produit les remous qui empreintent plutôt que les larmes qui se sèchent vite.

Après tout, je crois que le message que transmet Claudel à travers son premier long métrage, c'est qu'il a voulu montrer et soigner l'enfermement du coeur, le refoulement et le mutisme, qui à mon avis ne sont pas étranges du tout dans notre vie moderne, moi-même ayant connu par moment cet isolement mental; l'un comme l'autre étant à l'encontre des éléments audio-visuel, la représentation de ces états d'âme ne se réalise probablement que par les moyens cinématographiques: parler (moins), agir, faire voir ce qui change et faire sentir ce qui n'est pas dit.


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Plus d'infos:
-Une critique sur lemonde.fr: cliquez ICI
-Une interview avec Philippe Claudel sur Evene.fr: cliquez ICI
-Le site officiel du film:
cliquez ICI

19/02/2009

"Paris", synthèse bleue de Klapisch

"Vaut mieux ne pas prendre l'habitude d'emmener le boulot. Finis tout dans le bureau. Mais t'as besoin de voir tous les films en avance... Donc, le seul devoir à la maison: regarder les films."
--la patronne


J'ai lu les synopsis de "Paris" avant de voir le film. J'ai vu le film avant de me rappeler qui est Klapisch. Mais qui c'est?

C'est alors bien celui qui a fait "Auberge Espagnol", le fameux film des Erasmus (donc des Erasmus Mundus) qu'un ami m'a proposé lorsque je lui ai dit que j'ai été retenue par le programme Mundus, et que je n'ai toujours pas eu l'occasion de voir (mais que j'ai vécu). C'est là que je me suis souvenue d'un entretien avec ce réalisateur dans "Qu'en pensez-vous?", émission de samedi née de la réforme de France Culture après la rentrée du septembre 2008 (c'est grâce à Sarko..). J'ignorais son nom au début, j'avais retenu ses paroles avant d'entendre parler de son nom. Il a dit que, pour apprendre le cinéma, il avait essayé l'IDHEC, mais il avait été refusé. Ca lui a été une chance parce qu'il est allé alors à New York pour apprendre la réalisation, a acquéri ainsi, en plus d'une vision ouverte au monde, un savoir-faire américain qui lui a permis d'équilibrer la conceptualisation de trop dans le cinéma français. Depuis, il cherche toujours un point juste entre le cinéma commercial et le cinéma d'auteur.

Il faut dire que Klapisch est bien réussi, voire très réussi sur ce point. "Paris" en est la preuve. C'est un film qui fait plaisir, film touchant et qui touche simplement. C'est un Paris que les touristes reconnaissent et que ceux qui y ont vécu, habitants comme voyageurs, connaissent.

L'histoire se divise en, ou il faut plutôt dire "être composée de", plusieurs épisodes: la vie des autres et le croisement de ces vies et des personnages sous le regard du danseur dont le coeur "ne fonctionne plus". Un tel scénario circulaire dont le mot de passe est "être tombé sur..." et "a croisé/vu..." n'est pas nouveau, ce n'est pas la première fois qu'on voit dans un film que les histoires des différentes figures font réunir les gens à un moment donné: l'exercice de l'aspect dramatique est déjà fait dans Chacun cherche son chat, un autre film de Klapisch sur la ville de Paris que je ne connaissais pas encore au moment où j'ai vu ce film à Nankin.

Une petite dose de brutalité maladroite pique, lorsque la motoriste dragueuse rentre violemment dans une camion- un accident mortel- comme pour satifaire au besoin du scénariste qui veut sérieusement créer une condition nécessaire pour la greffe du coeur de notre beau danseur joué par Duris, et qui veut en même temps provoquer le sentiment de la désolation chez le spectateur juste après la fameuse conversation entre le patron et la nouvelle embauchée: "Tu peux commencer lundi prochain?" "Vendue!"

Les figures sont richement construites, chacune contribuant à la diversité qui marque la haute réalité de la ville en tempe actuel, chacune marquée d'une authenticité tant théâtralisée qu' impitoyable. Pour ne parler que de la bouffe, et c'est ça qui, oups, provoque en moi le coup de la nostalgie ridicule: voyons comment chantent les bouchers et les poissonniers au marché, ils sont aussi drôles, simples et bienveillants que les jeunes vendeurs arabes au marché de dimanche à Bastille. Et puis, souvenez-vous de la boulangère raciste dans le film, qui dans une première seconde chante aux clients "Bonjjjour!""Vous désirrrez?" "Traditionnelle ou normale?" "Avec ceccci??" "Au revvvoir Monsieur Dame!!", dans une deuxième seconde donne les discours comme "les africaines sont...ah yaya...zezeze...Mais j'aime les normandes, ah je les adore, elles travaillent beaucoup; les bretonnes... les bretonnes ne sont pas mal non plus; mais les corsières, vous avez, heu...hein, elles sont...enfin...pas terribles..."

Dans une critique, on pose la question: qui parle encore aujourd'hui comme ça? Sans doute personne. Mais moi je dis que l'envers de la boulangère existe. Je précise: la dame de la boulangerie à 100 mètres de la Bastille, métro sortie rue St Antoine. Je fais pas la pub. Je dis que chez elle, les pains sont tops, ce devrait être les meilleurs dans le quartier. Mais néanmoins, la dame ne souriait jamais et était toujours très sévère avec la jeune fille assistante, le temps que j'y allais chercher les pains; et elle distinguait très bien ses clients blanc, jaunes, noirs, classe, moins classe, vulgaire, comme distinguer les pains de maïs, pains complets, pains de seigle, baguette au pavot, baguette multi-céréales, baguette aux grains de tourne-sol. "C'est ça, Paris." Belle synthèse gratuite.

Quand on parle de Paris, les histoires de l'amour libertin et du désir sont incontournables. Ces derniers rapprochent les gens blessés ou solitaires, dont l'instinct parvient toutefois à résister à la mauvaise foi de 100% et apprend à comprendre le sentiment amoureux, le vrai. Ainsi y a-t-il eu l'une des plus belles scènes où le poissonier verse les cendres de la motoriste depuis la terrasse de la Montparnasse: promesse tenue. Et la scène dans laquelle l'ami/ennemi du poissonier s'arrête brutalement alors qu'il est prêt à bondir comme une bête sur une femme inconnue vêtue de léopard: "non, c'est pas toi", et s'en va: à cause d'une même phrase qu'avait dit la motoriste. Même la belle étudiante qui profite en même temps d'un beau juvénile et de son prof historien épris d'elle et souffert de solitude (et qui danse super bien!!) a décidé de faire venir cet homme d'âge moyen pour qu'il "voie sa vie": invitation au voyeurisme et à l'exercice du durcissement du coeur.

Le voyeurisme? Mais c'est la moindre des choses dans un amour comme dans un film. L'amour pour une personne comme celui pour une ville. C'est bien là que se distingue la caméra de Klapisch qui caresse cette ville chère à lui, dans ce film qui inclut tant de vue et de vision exceptionnelles sur la ville et sur la vie dans cette ville. Les diverses façons de voir Paris, réparties dans tout le film, sont tout à fait poétiques, et c'est dommage que les qq critiques que j'ai lues ne semblent pas avoir remarqué cela. Comptons: le regard du danseur du haut du balcon de l'appartement pour voir, citons le synopsis, "les gens de la ville qui lui montrent la danse de la vie"; la vue d'une chambre à une autre en face de la rue (ça date de l'époque de Truffaut); le panorama de toute la ville depuis un appart de la Défense; et la vue la plus fantastique : celle de l'historien qui guette par hasard sa jeune aimée à travers une longue-vue en haut de la Tour Eiffel.

Le film se termine sur la vue la plus magnifique, de loin ma préférée: le denseur va à l'hôpital recevoir l'opération de la greffe, il regarde la ville à travers de la fenêtre du taxi traversant Paris. Les quelques coins familiers que j'ai vu dans le regard du danseur me serrent le coeur. On dirait un faux cliché semblable à la manif dont le taxi driver parle dans le film comme un rappel aux touristes: la Bastille, c'est les manifs.

ô Bastille: d'où j'ai quitté la France. Voici l'une des dernières séquences-travelling(notées par mémoire): la caméra parcourt les boutiques, revient sur le visage de Romain, de nouveau part à l'extérieur du taxi, arrive à la place Bastille, les escaliers de l'Opéra; puis remonte, devient plus aérienne : le petit angel doré. Oui, dans le sens face de l'angel, il y avait l'amie qui m'hébergait et chez qui j'ai passé les jours d'angoisse, d'auto-restauration, de la joie des arts et des amitiés. La caméra tourne rond avec le taxi, s'en éloigne, et on voit le visage de Romain, superposé avec son reflet: Romain allongé sur le siège, regardant le Paris teinté du bleu du ciel.

A vrai dire, ces quelques secondes m'a provoqué presque les larmes. Bien insensée, hein, et j'ai dit ça à mon collègue documentariste, avec qui j'échange qq mots sur les films, alors qu'il me dit que "Il y a longtemps que je t'aime" lui a coûté les larmes, encore que c'était dans le bureau!

Au dernier plan du film, un air paradisiaque règne sur le visage de Romain. Si l'on pouvait aller au rendez-vous avec le diable de telle façon, ce serait de la grâce de Dieu, sans faute.



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Plus d'infos:

-Une critique que j'aime bien parmi les quelques articles que j'ai consultés: cliquez ICI

-Site officiel du film Paris: http://www.lefilm-paris.com/




18/02/2009

Le froid en printemps

Il neige ces deux jours à Pékin. La dernière fois que je voyais la neige et que je la photographiais, c'étais en février 2006, au campus de Nanda.

Le temps qui passe entre ces deux neiges sont parfois comme jamais vécu.

Ce blanc-là, qui traverse, c'est la rivière couverte.



(9hrs, An Ding Men côté ouest de la rivièes, en chemin au boulot)

13/02/2009

La couverture

Après une demie semaine d'intégration à l'équipe du travail, j'ai vécu durant l'autre moitié de la semaine le bonbardement des méls, d'autant plus terrible lorsque l'ordinateur se montre hypnotisé par je ne sais quel pouvoir magique pour tester ma patience. Dite attachée de presse, je m'occupe en ces jours de la diffusion des infos et de la communication avec les journalistes pour répondre à leurs diverses demandes. Au bon commencement de la promotion, il a fallu renouveler sans cesse les listes des contacts tout en faisant avancer les choses. Et on m'a dit qu'il faut s'épargner pour se dire busy, que le moment busy et busy à la folie est à venir dans un mois, dans un mois et demi lorsque la délégation artisitique sera arrivée.

At the very end of this week vers 7hrs du soir, alors que je donne un long soupir après avoir envoyé le dernier mél-pro de la semaine, le message d'Alexandre m'est parvenu, il a voulu m'offrir l'image de la couverture du livre cinématographique dont on a parlé auparavant mais qu'il n'a pas pu insérer dans l'espace commentaire. Moi non plus, je ne trouve pas de moyens pour la mettre dans les commentaires, je mets donc l'image en bas pour le partage-recommandation à d'éventuels intéressés.


La scène est prise des premières séquences du film "Le Monde" de JIA Zhangke. Ce film m'a bien plu à l'époque où je le regardais, mais pas autant que "le Platform". En revanche, en pensant à ce film, j'ai pensé tout de suite aux premières scènes du film et ai compris ainsi que c'est bien cette petite partie de prologue qui est inscrite bien profondément dans mon esprit: ces quelques secondes de traversée de la jeune danseuse dans les chambres d'arrière-scène et dans les longs couloirs teintés de jaune-vert, l'agitation ou l'aveuglement de la caméro qui suit ou affronte de façon aléatoire, et enfin, la voix brute et nonchalante de la danseuse qui crie en répétant: où est le pansement??... où est le pansement??...

Chuang-ke-tie ne?? Chuang-ke-tie ne??



(Cliquez ICI pour consulter les commentaires dans lesquels ce livre a été évoqué.
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