07/12/2008

Chasse de l’ennemie imaginaire, ou l’art de la soufflerie

(En écrivant ce billet, je fais référence à l'article publié sur Lemonde.fr: "Pour la Chine, la France est le maillon faible de l'Europe.")

Je ne comprends pas pourquoi les deux Continents ne se comprennent toujours pas sur un même problème, celui du Tibet; pourquoi les dialogues de sourds entre les spécialistes géo-politiques français et les chercheurs historiques chinois se poursuivent et les querelles restent les mêmes.

Je suis déçue par Lemonde.fr qui fait publier un soi-disant entretien marqué par l’absurdité et qui me semble, en un mot, aberrant.

Cet article provoque véritablement, et les Français et les Chinois. Pour ceux qui font le socio-linguistique (nouvelle issue pour les étudiants en langues étrangères !), ce serait aussi un très bon exercice d’analyse : non moins intéressante que celle du discours de Sarko dans l’élection présidentielle.

Q1 : Pourquoi la France est « le maillon faible » ?

Argument 1 : selon Monsieur le spécialiste de la Chine :le forum CHI-EU a été annulé officiellement à cause de la rencontre prévue entre Sarko et Dalai Lama.

Argument2 : Gordon Brown et Angela Merkel ont tous les deux reçu Dalai et ne se sont pas rendus au JO de Pékin (mais ces deux chefs ont-ils lié leur absence à la rencontre avec Dalai?), mais la Chine ne vise qu’à la France lorsque Sarko annonce sa rencontre avec Dalai après je ne sais combien de fois de changement d’avis.

Conclusion : « ils(les Chinois) ont trouvé où le coin allait rentrer. » : la France leur ont été le maillon faible. Et comme les Chinois ont l’habitude de taper le faible et caresser le fort(ce spécialiste aurait étudié les anciennes tactiques chinoise (réf Sun Zi Bing Fa), DONC, "la France=le maillon faible" lui devient la vérité.

Q2 : la Chine a toujours tapé sur le même (la France) ?

« Historiquement », souligne-il. Oh lala, quelles perspectives précieuses. Il critique alors les diplomates français qui ont une vision «totalement déconnectée de la réalité ». Qui ça, ces diplomates déconnectés ? Paul Claudel ? Victor Segalen, ou encore Henri Michaux ? Autant critiquer la littérature moderne de la France. Mais alors, ceux qui s’approchent d’une civilisation inconnue, qui découvrent et transmettent la culture sur le terrain, qui expliquent et tâchent à communiquer, à faire comprendre, ils sont « totalement déconnectés de la réalité ?? »J’irais dire que, cher Monsieur le spécialiste de la Chine, détrompez-vous, vous n’auriez jamais connu la Chine si vous n’aviez pas connu ce qu'ont connu ces dimplomates sur la Chine.

Q3 : « le concours d’excuses »veut dire donc la soumission à Pékin ?

Monsieur le spécialiste de la Chine, vous nous faites rire. Devons-nous considérer cela comme une sub-flatterie ? Méprisons les diplomates français alors, comme vous le voulez, prenons leur collègues anglais. Vous savez, ceux qui ont offert le cadeux en premier à l’Emprereur d’alors, ce sont ceux qui ont guidé les canons pour ouvrir la porte de la Chine par le feu, dont vous devriez être familier. Mais vos propos me paraît étrangement ressemblables aux propos des Chinois qui disent il n’y a pas longtemps « n’oublions pas notre honte dans la Guerre de l’Opium ! Il ne faut pas se soumettre aux forces occidentales ! la Chine d’aujourd’hui n’est pas comme celle d’hier ! Soyons forts ! » Le sous-entendu, Monsieur, c’est que vous, comme ces Chinois, aimez prendre la honte pour la cause. N’est-ce pas triste ?

Q4 : « Ils n’ont pas eu à l’interpréter ! » ?

Vous êtes trop efficace, Monsieur le spécialiste de la Chine. Vous devriez savoir très bien que ce sont les jeux de média qui sont en question : ignorer ce qu’il faut ignorer, et provoquer ce qu’il y a à gagner. Vous, comme Lemonde.fr qui vous donne la parole, auriez trop interprété la fermeté récente de la Chine, et inversement, les media chinois, dont Huan Qiu Shi Bao, traduit votre provocation et, à leur tour, interprète comme l'hostilité française certains commentaires (les plus irritants bien sûr, décorés des titres qui attirent le plus de cliques des internautes indignés) du forum sur le Lemonde.fr , quotidien français réputé et qui sert souvent de 1ière référence des sources journalistiques pour les presse chinoise.

Q5 : Qui êtes-vous, Monsieur le spécialiste de la Chine ?

Vous êtes bon spécialiste de la Chine, Monsieur. Vous vous souvenez tout le temps de « l’embargo sur les armes initié par la France en 1989 » et san doute des aéro-business râtés (n’est-ce pas la source originaire de votre attitude...) à la place des Chinois. J’ai été curieuse de votre parcours et de votre identité, j’ai eu un peu de la peine de cueillir votre nom parmi vos propos recueillis : Jean-Vincent Brisset ; mais sans peine, j’ai trouvé Wikipedia qui vous présente : Oh lala...vous avez fait Ecole de l’Air, puis Langues’O, puis Ecole de Guerre ! Vous avez été ingénieur, pilote de chasse, et vous avez connu Pékin en tant qu’attaché militaire !

C’est pour cela que vous êtes imprégné des stratégies militaires de nos ancêtres ? C’est pour cela que vous dites que la Chine voudrait « piétiner » les pays membres de l’UE l’un après l’autre sauf l’UK (pourquoi pas donc, si celle-là veut vraiment piétiner?) Vous êtes trop sceptique pour croire à la stratégie renouvelée de gagnant-gagnant de la Chine. A part ça, selon ma pauvre connaissance de l’Europe et selon mon intuition qui est moins pauvre, je crois que vous avez confondu un peu la notion de l’Allié (ce serait bien de votre domaine) et celle de l’Union. Que l’aide mutuelle et la solidarité au sein de l’UE font quand même la différence. Que la France ne « se retranche PAS derrière l’Europe » parce qu’il lui faut éviter l’écart et la crise diplomatique : comprenons qu’elle est actuellement en tête ; mais que la France s’intègre vraiment(qui a dit NON ?) et contribue à une collectivité plus large qu’elle. La solidité de l’Europe n’est pas à tester par la Chine mais par l’UE elle-même tout au long de sa construction.

Enfin, vous alliez me demander mon avis sur cet incident politique. J’épargne un peu mon espace, je propose simplement l’article de presse de l’Ambassade de France en Chine (plus ou moins ignoré par la presse chinoise) , avec lequel je suis d’accord. Et je dis simplement ceci:

Chine, méfie-toi de toi-même.

France, -brouillez-vous !

Je me ferais moquer par les gens des deux pays en disant cela. Mais ça a peu d'importance.

Bon dimanche .

2 commentaires:

Bernard Grandjean a dit…

Oui, c'est triste, mais la Chine et la France ne sont pas des pays amis. Il y a entre eux plusieurs sujets de discorde, et d'abord le fait que des milliers d'emplois français ont été délocalisés en Chine. Il y a aussi la copie des produits français par des industriels chinois, les problèmes de santé générés par certains produits chinois (jouets, etc.). Bref, les problèmes ne manquent pas, mais ceux-ci finiront par être résolus: la hausse des salaires en Chine par exemple va réduire l'intérêt des délocalisations industrielles françaises.
Les questions du Tibet et des droits de l'homme en Chine sont à considérer à part. La sensibilité du public en France sur ces deux sujets est liée à notre histoire. Elle ne résulte pas d'un quelconque "complot médiatique" (la formule du "complot" en politique est en France un concept d'extrême droite, plus quelques groupuscules d'extrême gauche. Il fait généralement sourire.
A propos de la Chine et de bien d'autres situations internationales (Libye, Cuba, etc.), il y a conflit en France porte entre les tenants des droits de l'homme et ceux qui veulent seulement faire du business avec la Chine. Il est clair que notre diplomatie est plus proche de seconds que des premiers. Et si M. Sarkozy a rencontré le Dalaï Lama, c'est bien sûr sous la pression de l'opinion publique française.
Bien que ferme défenseur des droits du peuple tibétain, et très triste de voir sa culture disparaître,je suis triste et inquiet de voir la montée d'un certain sentiment antichinois en France. Mais il faut bien comprendre qu'il vise l'actuel GOUVERNEMENT chinois (les pressions sur Sarkozy à propos du dalaï lama ont été très mal ressenties ici), et pas LES Chinois.

Delphine a dit…

Merci Bernard,pour vos remarques qui me paraissent bien pertinentes. Je vois ça normal comme incident diplomatique;et je dirais qu'il n'y a que la presse chinoise qui utilisent fréquemment "nos amis français, nos amis américains, nos amis étrangers"...(la presse française aurait écrit les choses comme Sarko est allée voir son ami Bush, mais n'est-ce pas une autre histoire)Ca m'attriste pas, ces bruits et ces faits sur la dégradation des relations franco-chinoises. Ca fatigue un peu simplement, vue que les querelles ne servent pas à grand chose et semblent avoir blessé les deux côtés.
La chine a en effet bcp de problèmes, dont quelques-uns encore invisibles, dans son industrie d'exportation comme dans la réforme accélérée en général. Face à la crise et à la diminution de son avantage du prix de la production, il est temps pour la Chine de réfléchir un peu sur l'éthique économique et sur la santé de son peuple, et sur le penchant politique quant à la proportion du marché extér/intér, dont ont déjà parlé quelques économistes chinois.
Par contre, ce sont les débats sur le Tibet(j'implique pas les militants qui font rire)et surtout la situation à Tibet qui m'attriste un peu. je comprends la sensibilité française concernant le droit de l'homme, mais je sais en même temps qu'à nos jours,il est impossible que Tibet prenne sa libération en tant que pays, par la raison politique, militaire, économique,etc. Moi même, comme bien des intellectuels et des artistes chinois, ont conscience sur la perte de la culture si précieuse du Tibet à cause de la "hanisation" apparemment inévitable sans l'intervention politique,sur l'administration véritablement problématique des autorités locales.Mais je sais pas ce qu'on peut faire. Sinon, espérons quelques évolutions de la part des prochains fonctionnaires qui seront envoyé dans la région...
Pitié pr Sarko, haha. Je dis pitié car je vois bien qu'il n'aurait pas voulu rencontrer Dalai selon sa volonté, qu'il aurait préféré les contrats du business. Je me souviens encore avec quels tons ironiques que les présentateurs de France Info ont annoncé, en pleine période des JO, sa rencontre avec Dalai en Sept(si ma mémoire est bonne), puis l'annulation de la rencontre, puis la rencontre prévue à huit-clos, puis une autre rencontre, et non pas entretien, lors du congrès mondial du droit de l'Homme. Sarko se fait alors moquer par les Français d'un côté, et de l'autre côté, pour le gouvernement chinois, tant que Sarko représente la France, celui-là ne veut pas laisser passer la malinerie de Sarko, tellement qu'il menace en retirant les contrats, bien que le gouvernement chinois ne devrait pas être sans conscience aucune de la situation de Sarko et de son balancement...ou bien,il se peut aussi qu'il n'y pas assez de journalistes chinois qui lisent la presse française en français!
C'est pour cela que la fureur dans les querelles me semble bien ridicule pour ne pas dire absurde. J'en donnerais un soupir léger.hélasss.