30/08/2009

Dix ans... déjà?

Panneau- L'ancien site du Cinéma Hongkou d'avant 1949


Quand on se plante un jalon et qu'on compte le temps jusqu'en 10 ans, à la bonne heure de la bonne date, on va se dire, en se croyant rêver: eh bien, déjà?

Les 10 ans que j'ai compté me semblent bien être d'une courte durée. Et c'est bien le temps qui chasse, de pleine vigueur. Dans cette course, on peut se trouver vidé et sans mots dire, en s'arrêtant un peu pour pauser, en se retournant, probablement pour résumer... ou pourquoi pas présumer, comme si rien n'avait été vécu, que rien n'avait jamais été vécu. Aucun épanchement n'est possible... cloisonnement total.


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Le cloisonnement. Je ne sais pas si le mot est employé ici de façon convenable ou pas. J'ai trouvé le mot, l'ai trouvé intéressant, lorsque je préparais un article sur Van Gogh et sa salle de danse "Aux Folies Arlésiennes". On parlait du style "cloisonniste" venu de Gauguin. Là, j'étais bloquée, je peinais à correctement organiser les mots pour décrire l'effet visuel et ambiant, contourner, entourer, cerne, trait, courbes, figures, formes, couleur foncée, rythme, ondoyant, ces mots m'ont bel et bien embrouillée, et si ce n'était pas le secours linguistique, je m'en sortirais mal.

Alors que j'avais le choix parmi plusieurs oeuvres impressionnistes pour écrire l'article, j'ai pris Van Gogh pour démarrer. C'est juste parce que, le jour où j'étais à l'Alliance Française devant un tas de DVD, je tombai sur le film Van Gogh réalisé par Maurice Pialat, et que j'ai été très touchée par le film: l'histoire, le cadrage, les couleurs, le bleu de Prusse qui déborde de la palette de Van Gogh. C'était sur les derniers jours de Van Gogh, à Auvers-sur-Oise. C'est dans un univers pittoresque, insouciant, presque serein, pourrait-on dire, que Van Gogh sombre peu à peu, imperceptiblement en quelque sorte, dans le désespoir qui le mène au suicide. Les bals merveilleux et permanents, le costume de l'Arlésienne que portait l'une des filles (si je ne me trompe sur le costume, puisque tout de même, Auvers-sur-Oise n'est pas la Provence...), les coiffures surtout, rubanées, quintescence d'une beauté fantastique et... comment dire, étreignante. Trop parfaite à saisir.

Pialat parvient à mettre en valeur, comme il l'a fait dans Sous le soleil de Satan, une certaine tension intérieure et la nervosité qui sont de l'échelle sinon religieuse, au moins spiritiuelle. Juste un plan américain qui cible un visage impassible, les sourcils légèrement froncés, et avec les jeux de lumières et d'angle de vue, le réalisateur parvient à laisser apercevoir cette angoisse profonde qui habite le peintre. Comment peut-on oublier d'ailleurs la fameuse ronde de nuit, représentée comme un rappel à la fin d'un spectacle, et qui restitue un sentiment pareil que celui qui se fond dans le tableau?

Dans le tableau: si ce sont les traits de couleur foncée qui identifie le style "cloisonniste", j'y vois également l'illustration d'un état de controverse : de même que ces traits semblent  pétrifier les gens, de même ils fournissent à ceux-ci une touche de primitivité, d'élan sous-jacent. Le temps semble couler à l'intérieur et se coagulera dès qu'il sort du cadre. Envoûtant.


26/08/2009

Le 25 août, Paris


C'était lorsque j'étais à Paris, c'était lorsque j'attendais un ami en passant par la place République.

Et cette stèle près d'un arbre, Dieu sait comment, m'a capté l'attention.

Je me suis souvenue ainsi de la date de la libération de Paris. 




nb sur les commentaires:  Veillez m'excuser de ne pas avoir répondu aux commentaires. Toujours pas d'accès direct sur mon blog et je ne peux envoyer les billets que par le mél, en plus pas de modif possible.

Sur le dernier commentaire: je vous montrerai de mon côté la "situation schizophrène" que j'ai constatée. Pour ce qui est de la crise de claustrophobie, eh bien je connais ça, c'est tout à fait possible. Maintenant il semble que la consultation psychologique est aussi à la mode ici qu'en Europe.


11/07/2009

La porte/ l'état


Il commence à faire chaud à Shanghai. On sent dans l'air l' humidité estivale, une humidité qui maintenant semble être étrange à mon corps. On transpire en peu de temps sans beaucoup se déplacer. Parfois, dans la rue sans ombre, on sent la difficulté de respirer, ou bien on ne sait plus ni ne sent ce qu'on a inspiré, comme si on vivait dans un espace enfermé, pourtant transparent. Alors je me suis demandée, j'ai quitté Shanghai si longtemps que ça, si longtemps que je découvre ce temps sudique comme pour la première fois?

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Sans doute que je me suis déjà très habituée à vivre dans un temps plutôt sec. Mais c'est peut-être le moment de m'acommoder de nouveau à cette humidité d'air, de tout, enfin, car prochainement, probablement pendant bien longtemps, je serai basée à Shanghai, je ferai quelque chose pour Pavillon France, pour l'Expo 2010, pour d'autres choses, je témoignerai cette ville en cette période spéciale, je vis et j'évolue avec elle. Je me dis, et j'en trouve des signes, qu'il serait temps d'y revenir, dans le rythme, l'univers et l'odeur de cette ville; de revenir ramasser un peu des souvenirs qui se dissipent et remontent d'un moment à l'autre.

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Je n'ai plus d'accès sur Facebook depuis quelques jours. Ce qui était imaginé s'est réalisé. Pas besoin de rejoindre le network China et de discuter un peu sur les thèmes politiques pour se faire censurer. Une fois que ce moyen de communication et de connection devient important pour certains et dangereux pour d'autres, vis-à-vis de tels ou tels indicents sociaux-politiques,( bah oui, là j'implique l'émeute à XinJiang, région au far west de la Chine), le lien serait coupé et tous ceux qui en profitent, qu'ils sont concernés ou pas dans l'affaire, sont obligés d'arrêter. On n'en peut rien. Diraient les internautes. On n'en peut rien. Diraient les haut-fonctionnaires. La sécurité. La sécurité est le plus important intérêt du pays. Qu'on soit en paix. En paix.

Et bien sûr, ci-dessus ne sont que mes délires personnels et imaginaires. Mais c'est juste là que j'ai ressenti que Facebook m'est déjà une chose bien importante, dans ma vie actuelle comme dans ma vie d'un passé qui est encore bien frais.



Libellé: en Bribes, in Fabula



05/07/2009

Boîte de musique


C'est presqu'une maladie de vouloir tout refaire, reprendre, recommence, de tout reconnaître.

C'est une merveille de se croire en voyage alors que l'on est dans sa propre ville...enfin, en disant propre, j'entends dire le pays natal.

En me déplaçant dans cette ville en pleine préparation pour l'Expo Universelle 2010, je reçois à chaque moment des surprises qui vont jusqu'à surcharger mon esprit, et à chaque moment je repère dans tels ou tels coins une sorte de beauté qui n'invite pas tout de suite à méditer mais de laquelle on attend quelque chose qui servirait de signe de transformation et d'évolution, tant urbanistiques que métaphysiques: peut-être, on irait répéter ce mot qui n'indique rien qu'une possibilité en pensant que tous ces travaux mériteraient d'être faits, pour que ce qu'il faut conserver soit conservé et que ce qui est usagé soit reconstruit, ou réparé.

A la maison comme dans cette ville, c'est presque la même chose que j'ai ressenti. Changer. Faire du ménage et rendre habitable/exposable ce foyer. En déposant mes valises et en respirant l'air poussiéreux dans ma chambre, j'ai le curieux sentiment d'être revenue non pas de Pékin mais de l'Etranger. Pour une fois j'ai eu envie que tout soit renouvelé et que j'occupe de nouveau cet espace de 14 m2. Cinq mois à Pékin, c'est tellement long que cela, tellement que je me trompe du pays où je vis? Et pourtant cette fois-ci, je me dis... mais non, je ne le dis pas,  j'entends juste murmurer en moi une voix qui dit que cette fois-ci, reste, reste un peu plus longtemps quand même pour revoir et revivre cette ville, apprends à vivre dans ton espace qui est à toi pour le moment, et qui, il est vrai, demande un grand cleaning- rangement avant qu'une vie agréable ne se voie possible. Apprends à ne pas fuire, à s'affronter directement à ce à quoi on s'attache: c'est difficile par fois de regarder en face ce ténèbre de gouffre dans lequel résonne une certaine sirène qui nous chante nos passés en faisant apparaître dans notre cerveau (et non pas dans le noir du gouffre) les images plus concrètes que les notes musicales et qui s'appellent: les souvenirs.

Hier tard le soir, j'ai fouillé ma table de nuit afin de retrouver ma radio, et au lieu de trouver celle-ci, j'ai trouvé un CD-player en panne et abandonné (j'ai toutefois gardé son corps), machine qui a remplacé le Walkman et qui aujourd'hui est remplacée par le mp3. Quelle course-poursuite entre les baladeurs. J'ai ouvert le coffret pour traouver un disc de... Charles Trenet, l'indispensable! Je marque un point d'exclamation parce que l'autre jour où M. Pessis, celui qui a écrit le texte de la pièce musicale sur Piaf, me demanda connaissez-vous les chansons de Charles Trenet, je répondis oui sans pouvoir me rappeler tout de suite quelles chansons je connaissais exactement de lui. Je ne savais pas du tout que j'avais un disc de Trenet, apparu devant mes yeux en tant qu'un cadeau ressorti de la vie du passé.

Et le temps qu'on pousse un "Ah..." devant ce genre de cadeau qu'on a inconsciemment préparé autrefois pour soi-même, se produit un circuit électronique qui va de l'oubli au je m'en souviens et du je m'en souviens à l'oubli: appelle ça aussi de la nostalgie?



Libellé: in Fabula, En bribes


Vive la mariée

Un mariage aurait eu lieu aujourd'hui à Pékin, celui d'une amie française avec un acteur chinois bien célèbre. J'ai intervenu au début de la préparation de la noce, et comme j'en ai parlé, ai traduit une chanson de Barbara que la mariée a choisi pour cette soirée qui devrait être pour elle très importante. C'est dommage que je ne peux témoigner cette alliance de mes propres yeux, par de diverses raisons, mais je me souviendrai du sourire rempli de bonheur et de l'éclat du regard de la mariée en évoquant son amour, du texte de mariage que j'ai traduit et qui m'a véritablement touché par son côté sacré, du bonheur même de ce mariage mixte qui n'aurait pas été facile étant donné qu'ils font partie de la célébrité cinématographique chinoise.

Toutes mes voeux de mariage pour ce couple, pour leur vie d'artiste et de multi-culture qui continue à s'épanouir dans une nouvelle forme.



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褐发的女子 / La Dame Brune

De Georges Moustaki et Barbara

 

 

 

为那个褐发的女子,在月光里Pour une longue dame brune, j'ai inventé

我写下了一首歌词,几段旋律 Une chanson au clair de la lune, quelques couplets.

若她有一天能听到,她会明白 Si jamais elle l'entend un jour, elle saura

这是一首爱情的歌,是我们的爱 Que c'est une chanson d'amour pour elle et moi.


 

我是那褐发的女子,让你等待 Je suis la longue dame brune que tu attends.

我是那褐发的女子,我已明白 Je suis la longue dame brune et je t'entends.

还在月光下歌唱着,我走向你。Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi.

你的吉他,命运之琴,把我引领。Ta guitare, orgue de fortune, guide mes pas.

 

 

皮埃罗那日上午把妙笔借给我啦 Pierrot m'avait prêté sa plume ce matin-là.

我在那命运之琴上,定音为LA A ma guitare de fortune j'ai pris le la.

边写着我边自以为是个 优秀诗人 Je me suis pris pour un poète en écrivant

诗意字眼闪现脑中,像拂过清风 Les mots qui passaient par ma tête comme le vent.

 

 

皮埃罗那夜里把妙笔 给了你啦 Pierrot t'avait prêté sa plume cette nuit-là.

在你的命运之琴上,你定音为LA A ta guitare de fortune, tu pris le la,

听歌时我把你当成个 优秀诗人  Et je t'ai pris pour un poète en écoutant

诗意字眼闪现脑中,像拂过清风 Les mots qui passaient par ta tête comme le vent.

 

 

我想象着心目中那个 褐发女子  J'ai habillé la dame brune dans mes pensées

戴着一层粉色面纱,雾一般轻盈 D'un morceau de voile de brume et de rosée.

在身边为她留好被褥,给她安全感 J'ai fait son lit contre ma peau pour qu'elle soit bien,

在我的臂膀里受庇护,并感觉温暖 Bien à l'abri et bien au chaud contre mes mains.

 

 

我头戴轻雾一样的 粉色薄纱 Habillée de voile de brume et de rosée

我是你想象的那女子,有褐色头发 Je suis la longue dame brune de ta pensée.

还在月光里唱着歌,我走向你 Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi.

透过了千山万里,我听见你声音。A travers les monts et les dunes, j'entends ta voix.

 

 

为那个褐发的女子,在月光里 Pour une longue dame brune, j'ai inventé

我写下了那一首歌词,几段旋律 Une chanson au clair de la lune, quelques couplets.

我知她总有天能听见,或许是明天 Je sais qu'elle l'entendra un jour, qui sait demain,

只想这情歌能让我们 把誓言结 Pour que cette chanson d'amour finisse bien.

 

 

嘿,我是那褐发的女子,曾跋涉千里 Bonjour, je suis la dame brune, j'ai tant marché.

嘿,我是那褐发的女子,已找到你 Bonjour, je suis la dame brune, je t'ai trouvé.

在你铺上给我留半边,我就满足 Fais-moi place au creux de ton lit, je serai bien,

在你怀里我感觉温暖,并受庇护。 Bien au chaud et bien à l'abri contre tes reins.


21/06/2009

Red Cliff / La falaise rouge

Scène, Shanghai Concert Hall


En réalité, la version française du titre de ce film de dimension homérique est : les Trois Royaumes : exactement comme intitulé l'un des quatres classiques littéraires chinoises, ce qui désigne une période historique du Pays du Milieu aussi bien que les trois « royaumes » qui se battent ou qui s'allient en cas de guerre.

 

C'est un film au sujet historique (encore…mais qu'est-ce que j'ai à faire ces jours-là avec ce diable de H en majuscule…), un film spectaculaire pour ne pas dire légendaire. Une Histoire, ou plus précisément, une bataille, devenue légende, voire mythe, grâce aux moyens cinématographiques.

 

La bataille en question a du renom : la bataille de la falaise rouge, Chi Bi Zhi Zhan/ 赤壁之战. Même sur wikipedia se trouve le texte d'introduction. Elle est très connue parce que c'est avant tout un miracle tactique, et qu'ensuite, ça semble être une bataille essentielle qui aurait changé la situation d'alors, étant donné que cela a provoqué une importante défaite de Cao Cao (曹操). C'est inévitablement une bataille de bain de sang, mais aussi celle de feu : comment gagner une bataille à mort avec du feu que chacune des deux camps sont disposés d'en profiter ?

 

Le facteur décisif est le vent. Le processus même de cette bataille est comme un fable qui apprend à tous les stratèges qu'afin de gagner, il faut non seulement de bonnes tactiques (utiliser le feu , ie : brûler les bateaux de guerre de l'ennemie), des soldats qui réagissent vite aux commandes pour la bonne mise-en-application des tactiques, du bon état mental(ie : l'impassibilité du cœur), du moral et du courage d'accueillir la mort…tout ça étant les conditions nécessaires ; mais aussi, il faut que le temps, ou autant dire le ciel, aide. Si ce n'était pas le changement très ponctuel du sens du vent du Nord-ouest à l'Est au moment de l'attaque, ce qui est prévue par Zhuge Liang, qui a une tête prodigieuse et qui connaît « un peu » l'astronomie, la géographie et la climatologie, le feu que les alliés-défenseurs auraient allumé ne brûlerait pas les bateaux de l'armée de Cao venue du nord mais bien leur propre équipement. Les cieux t'aidera et aide-toi toi-même :Autant disons ainsi, car il est indispensable de savoir « entendre » les cieux aux moments crutiaux.

 

Les attaques sont spectaculaires, au sens cinématographiques, avec beaucoup d'effets spéciaux et d'argent, bien naturellement. Toutefois, je vois chez les alliés, qui ont comme Général Zhou Yu (joué par Liang Chaowei, mon préféré parmi les acteurs chinois, s'il faut en indiquer un), une certaine tentative de la non-attaque (malgré le fait que leurs tactiques sont à chaque fois magnifique). La non-attaque : Fei-Gong/非攻, l'idée devrait être de MoZi/墨子, philosophe chinois classique longtemps méconnu à cause de l'homogénéité confucianiste. J'y vois cela parce qu'ils laissent sentir qu'ils sont obligés de préparer ces tactiques contre leur ennemie et de continuer ce jeu horrible de guerre.

 

La guerre ressemble beaucoup au jeu, en effet. Et inversement il y a vraiment eu du jeu durant cette période de guerre : le football. Le football est d'origine chinoise et asiatique, croyez-le ou ne le croyez pas. Le football, alors appelé Cu-Ju/ 蹴鞠 au lieu de Zu Qiu/足球 selon le mandarin moderne, a été un sport inventé pour préparer la guerre, un sport pratiqué par les soldats moins pour les divertir que pour qu'ils soient suffisamment forts et qu'ils ne soient pas crevés et donc tués au plein milieu d'une bataille. Au fond, le sport et la guerre s'impliquent l'une l'autre, et les ressemblances pourraient être étonnantes : .de lancer du javelot, par exemple, sport que j'avais fait quelquefois dans le cours du sport au lycée, et c'était pour tuer lors des guerres du temps ancien… ça crée une sensation toute crue, quand on y pense. Toutefois, l'une des différences est que la compétition et le désir du champion est mille fois moins dangereux et moins endommageant que le pouvoir, que l'envie de supprimer, de tuer dans une guerre.

 

A part la guerre, on trouve les moments de douceur et de l'amour aussi dans ce film. Heureusement. De ce point de vue, ce film est une version excellente de Guerre et Paix. Et puis, il faut que l'amour qui s'épanouit puisse être suffisamment séduisant vis-à-vis des spectateurs pour qu'ensuite ces derniers déplorent ce même amour qui souffre, qui subit la guerre, l'horreur et l'amour à lui seul. C'est l'un des succès de ce film commercial dont le box-office s'est avéré enviable, avec son casting brillant et prestigieux. Et la femme fatale qui est Xiao Qiao, épouse de Zhou Yu, est une femme féerique. Elle connaît la thé-logie. Elle lit le cœur de son mari lorsqu'il joue à l'épée. Elle lit les livres de tactiques militaires comme son mari le Général. Puis à la veille du combat crutial elle part toute seule voir Cao Cao, ce puissant ennemie qui l'admire aussi. Et elle lui donne la leçon en lui faisant le thé au moment du changement du sens de vent et elle lui dit ceci : tu es trop plein, tu es plein comme ce bol de thé et tu n'écoutes rien de ce que les autres te disent ; et il y aura quelqu'un qui t'aide à vider. Elle dit tout cela avec un ton incroyablement ferme et pesant.

 

Elle écoute son mari jouer du gu-qin aussi. Guqin a bien joué un rôle dans ce film, entre Zhuge Liang et Zhou Yu, les deux plus intelligents de l'époque, amis pour un temps et adversaires pour un autre  (et c'est bien la tragédie des héros). Lorsqu'ils se sentent contraints de parler, ou qu'il y a trop de choses indicibles, ils jouent ensemble du gu-qin, ou autant dire qu'ils se conversent ainsi, la musique étant un dialogue sublime qui s'entend et surtout qui se sent : la conception des tactiques, les doutes les hésitations, la confiance et la fermeté de la volonté, et les chagrins de guerre, la douleur surtout, le déchirement à l'intérieur, jusqu'à la folie. « Tout le monde est fou », comme dit Zhuge Liang à un certain moment.

 

On y trouve bien des chinoiseries, certainement. Mais curieusement, ce sont justement ces esthétiques de chinoiseries, des tactiques classiques à réciter en prose à la musique envoûtante de Guqin en passant par l'art de l'épée, qui m'ont essentiellement séduit dans cette histoire dont les chinois connaissent par cœur le synopsis.

 

Ca m'a bien fasciné ce film, et puis cette fameuse bataille, à la fin de laquelle Zhou Yu, ayant retrouvé son épouse, dit : Tout le monde a perdu. L'ayant entendu, on déplorait qu'ah c'est bien la vérité, avant de se dire qu'hélas, ça, c'est bien du cinéma…

 

 


Libellé: Audio-Visuel, la Chineuse chine



Le solstice d’été arrive

Lampe au plafond, Shanghai Concert Hall, construit dans les 1930s

De retour à Shanghai. Il faut très chaud et l'air est étouffant et humide. Semble être plus chaud que la région nordique du pays.

Hier j'ai été heureuse d'aller aider sur le contrôle du soustitrage lors du spectacle biographique sur Piaf. Après une tout petit épisode de répétition Monsieur le scénariste dit que Delphine vous n'avez qu'à me suivre comme ça, toujours et ce sera parfait. Alors au moment du spectacle, je me crus jouer un rôle supplémentaire dans cette pièce : tourneuse de pages : de cliquer sur le souris et de faire évaluer sur l'écran le texte chinois que j'ai traduit, c'est un peu comme jouer du piano et c'est l'art du simultané et de la rythmisation de la vitesse. Impressionnant, et réjouissant, d'autant que j'ai pu voir comment une pièce de théâtre se prépare du début à la fin: cadrer les lumières, installer les meubles, repasser les vêtements, essayer les micros et les sous-titrages,etc etc. C'est comme du cinéma, ou comme l'art en général. Le jeu d'un spectacle vivant n'a rien à voir (ou presque) avec l'appréciation de ce dernier, me semble-il, ces deux missions différenciées sont pourtant très complémentaires.

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Aujourd'hui le 21 juin, c'est le solstice d'été, « Xia Zhi /夏至 » comme on dit en chinois : ce jour-là, la journée est la plus longue et la soirée la plus courte. Bref, c'est le jour le plus long. (Ah mais c'est bien le titre d'un film évoqué dans la pièce sur Piaf, selon laquelle la chanteuse a dédié une chanson pour ce film sur la Tour Eiffel dans les années 60s. )

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Ce soir j'ai vu un film chinois, Red Cliff /赤壁. Ou la bataille de la falaise rouge… rouge parce que c'est une fameuse bataille de feu. Il m'a paru que de voir ce film à ce jour est une chose très logique, parce que justement le temps brûle (pour le dire à la chinoise)… Logique de moi-même ou des autres ? Ou bien c'est du pur hasard ?


Libellé: En bribes