02/09/2007

Ce qu'on appelle la mutation...

C'était un état de perte de mots qui n'était pas étrange pour moi. Il m'arrive des moments où je ne sais plus sortir un mot. C'était d'abord à cause de ce qu'on appelle la vérité historique et politique, de toute l'agitation et de gonflements chinois qui m'avaient effrayée mentalement, toutes sortes de théâtre en temps direct. Cette noirceur actuelle se mélange avec le beau ciel, le vent frais de la compagne toscanaise, avec l'impuissance de rédiger une langue seche et en bloc. C'était un choc, je crois, et quand j'en suis sortie, je me crois beaucoup évoluée. Cette fille shanghaienne qui faisait le français à Nankin, cette fille innocente et arrogante qui n'avais rien compris jusqu'au séjour en Italie, maintenant je me moque d'elle.
On dit qu'il faut y traverser pour pourvoir vraiment s'en dépasser. Non pas comme la fuite daoiste. Mais comme Sisyph. Et comme c'est beau, la perception de Merleau-Ponty, il faut transpercer le monde extérieur avec la dualité interne, pour éviter de suivre le vent à la chinoise.

C'est donc fini, le séjour en Italie. Sept mois, deux mois en plus que j'avais imaginés. Ca commence à me manquer au moment de la descente du train. "Papa, Paris c'est moche." "C'est sûr." Quand je dois me rappeler qu'il faut dire merci et non pas grazie, svp et pas per favore, je sais que c'est déjà loin, la cadence de la langue, le soleil tout franc avec le bleu, le sourire méditerranéen, les façades de la Renaissance. Ce doit être un rêve qui dure tellement long. Et le réveil est cruel, comme il l'est toujours.

Ca m'a pris de la peine cette fois pour me loger à Paris pendant une semaine, avec ma grosse valise que je suis prète à laisser à tout moment. Quand c'est fait, je commence à rattraper un complément de ma traduction précédente. J'espère que je peux
quand même avoir une semaine de vacances de retour à Perpi, pour écrire qch de moi-même. Je suis à bout mais pas encore abattue.

Une partie de mes photos sont affichées ici. A suivre.

2 commentaires:

Ben a dit…

"traverser, transpercer", que voulez-vous dire à propos de Merleau-Ponty? en tous cas, je vous souhaite un bon retour en France. Bien sûr que non, Paris n'est pas moche du tout, c'est votre popre perception des choses qui a été déformée par un trop long séjour en Italie et par la lecture de Merleau, "transpercer le monde exterieur avec la dualité interne", ça doit faire mal, aprés ça on ne peut plus apprécier la beauté du monde.

Delphine a dit…

Non Paris n'est pas moche, c'est bien une impression des premiers moments d'arrivée à Paris, je me croyais continuer à percevoir les façades antiques sous le grd soleil alors que je tomberais sur les bât du XVIIIe sous le ciel couvert. Le moment où l'on devrait changer l'identité ou le moyen de s'identifier est assez...drôle,dans mon cas, après cette frustration éphémère, au bout de deux trois jours à Paris je commençais à me demander si le séjour en Ita n'était pas un rêve qui avait duré bien long. Une bonne partie de ce séjour (sauf tout ce qui est lié à la France)a été incroyablement irréelle maintenant.
D'après ce que j'ai compris de "transpercer" de MP dans "le visible et l'invisible",c'est de traverser le monde en le percevant avec conscience,c'est-à-dire de se rendre compte que tout est là, réellement et authentiquement,sans pourtant se réduire pour s'y perdre.Ca pourrait corriger le bouddhisme qui rend toutes choses comme vanité, le daoisme qui se fuit des maux qui existent.C'est peut-être une attitude plus proche de Sisiph, donc de Camus.
Je pense souvent à cette question, qu'est-ce qui est du beau et qu'est-ce qui est du mal. Je les confonds de temps à autre, et j'ai souvent de la difficulté pr faire un jugement, une critique. La pure beauté peut évoquer le désespoir,(ce dont on a parlé à propos des photos)la tragédie inspire un soulagement ou vénération,comme la passion du Christ(c'est un point magique dans la culture occidentale). ET après avoir dépassé t ce qui a du mal, on s'apaise et se consolide, je crois.