De la chaussure aux têtes en vente, qu'on n'en finisse jamais de parler de la blessure, l'adorazione et la tension autour de et avec ce sacré pays, mon pays, qui est la Chine.
En voilà une nouvelle affaire qui met encore une fois la France et la Chine en deux pôles opposés. D'un côté, c'est la libre circulation des objets d'art, DONT une tête de rat et une tête de lapin en bronze provenant du Palais de Yuan-ming-yuan/Palais d'Eté à Pékin, sur le marché d'enchères
Christie's; de l'autre, c'est l'inacceptabilité que ces deux "reliques" qui portent l'empreinte de l'Histoire de l'opium et du fameux pillage de la troupe anglo-franançaise dans le Yuan-ming-yuan soient en vente sur le marché à l'étranger.
l'aspect juridique: Pour la Chine, c'est chose évidemment nationaliste et c'est au-delà, car on a tant de sensibilité pour cette Histoire mille fois répétée dans les manuels historiques que l'on a presque le réflexe de s'énerver en pensant à l'invasion des armées ouesternes et au terme de la diginité nationale. S'agissant de l'interprétation chinoise des deux têtes en bronze, on sait que c'est truc symboliste, ceux qui ont la connaissance d'histoire de l'art connaissent ce terme. Alors c'est compréhensible, ce zèle pour le pays, et pourtant on n'est pas arrivé à se comprendre et on se laisse coincer devant le tribunal: endroit où l'on trouverait la solution ultime. J'ai lu quelques parts que le droit est le plus bas niveau de l'éthique, j'y crois mainenant, et j'ai compris que, malgré mon intérêt pour le droit, je n'aurai jamais autant de sentiment pour cette discipline que pour les lettres et les arts.
La vente des 8 objets d'art est en cours entre aujourd'hui et le 25 février. Si les têtes rat et lapin se mettront en vente le 25 au dernier moment de la vente, et qu'on peut en supposer une petite proportion d'annulation, c'est qu'un avocat chinois qui vit à Paris a organisé la préparation des dossiers avec une association d'avocats en Chine pour faire avancer une action urgente. Il aurait fallu avoir une bonne connaissance du droit français pour cela; et aujourd'hui qu'on met de plus en plus d'accent sur la judisprudence (qui convient bien au goût chinois), cet avocat a bien envisagé une possibilité de gagner l'action parce qu'il existe un cas exemplaire où Maroc a réussi à annuler une vente dans le contexte pareil.
L'aspect communicatif: Ces infos m'ont été transmises par un ami journaliste qui reprend les études à Paris. Au fait, je me suis intéressée à cette affaire assez tôt vers mi-janvier. J'étais alors en stage d'une journée avec une journaliste française basée à Pékin, je suis allée faire une interview avec elle par pur hasard, et l'homme qui nous recevait était l'avocat qui est initiateur d'une association d'avocats qui ont pour vocation de faire retourner les anquitités chinoises perdues à l'étranger: c'est bien idéaliste, comme lui-même a affirmé, et c'est en suivant les quelques cas réussis selon la loi anglo-saxonne qu'il a décidé de faire ce geste. La difficulté en est évidente, dit-il, celle de la communication des aspects culturels et juridiques. J'ai dit qu'il y aurait sans doute les gens à Paris qui pourraient aider, au moins sur la première moitié des problèmes.
J'ai proposé cette affaire au journaliste à Paris sans beaucoup d'espoir, ce fait du bien à la santé lorsqu'on fait qch alors qu'on en porte peu ou pas d'espoir. La réponse du journaliste d'il y a trois jours m'a été inattendue. Je n'ai pas pensé qu'ils ont pu contacter un avocat pour s'engager à l'action. Et puis, un communiqué en chinois m'est parvenu pour que je traduise en français.
J'ai eu de la peine pour le finir, car ca a été d'un ton qui ne m'est pas du tout familier. J'ai dit en renvoyant le texte que c'était presque bon. Puis lorsque j'ai vu le communiqué finalisé, dont j'ai bien apprécié l'aspect argumentatif, je me sens assez contente de voir que la moitié de mon texte a été modifié. Sans avoir besoin d'en faire la comparaison, j'ai compris que mon texte ne peut pas être pris car mon hésitation sur l'affaire même se lit entre les lignes: je confirme que de faire une action pour empêcher la vente est geste brave, qu'il faudrait hausser le ton pour au moins faire savoir ce que signifient ces deux têtes pour les Chinois, pour rappeler l'Histoire; mais j'affirme en même temps le bon droit de possession, selon la loi française bien sûr, de la part d'YSL de ces têtes(ce serait comparable avec le cas des parents adoptants qui ont le droit de garder leurs enfants qui ne sont pas obliger de retourner vivre avec les parents qui leur ont fait voire le monde) et je ne suis plutôt pas optimiste pour la réussite de l'action . Si le retour des têtes devenait un cas juridique, de nombreux musées européens s'en serviraient pour se mettrent à accuser l'un à l'autre et faire retourner les oeuvres d'art dans leur propre pays: la France à accuser l'Allemagne, l'Espagne, les Flamands à accuser la France, l'Italie, les Royaumes-Unis et la France à s'accuser l'un l'autre...
Les pays n'agiteront certainement pas comme tel, il y aurait une certaine exception des oeuvres d'art qui les en épargne (et que, pardonnez-moi, je ne sais préciser davantage). Et puis, faisons un saut au gouvernement chinois, les messages que j'ai reçus m'impliquent que le gouvernement s'en fiche plus ou moins de cette vente, les avocats volontaires ne peineraient pas autant pour les démarches juridiques s'il y avait les soutiens /aides de la part des autorités du pays, sans parler que le gouvernement a d'autres choses à s'occuper en ce moment où l'économie s'inquiète de plus en plus. Tout le monde sait bien qu'on ne peut que/il faut bien mettre de la pression, quel que soit le résultat.
l'aspect journalistique:La diffusion du communiqué de presse, envoyé au nom de l'association
Amis du Printemps, est très souhaitée par l'ami journaliste. Je n'ai pas pu le faire à ce début de la semaine où je me laisse bombarder par les méls; le soir, au moment où je prépare ce billet, je lis déjà plusieurs articles sur ce texte et sur l'avancement de l'action qui se déroule à Paris.
J'ai particulièrement aimé ce qu'a écrit Pierre Haski sur le site Rue89
(cliquez ICI pour lire le texte), une longue analyse écrite avec passion. Et ma première réaction, curieusement, c'est que j'ai finalement compris la différence entre la communication et le journalisme! Ca égare le sujet, mais ca a été ce dont Haski parlait à l'occasion d'un séminaire du Festival photo-journalisme
Visa pour l'Image à Perpignan l'été dernier, un topic qui angoisse les professionnels en temps actuel et qui fait partie des dites "crises de la presse écrite". De ma part, je crois pouvoir dire que le journalisme, le VRAI, c'est analyse de toute part, clarification de tous les faits et mise-en-contradiction de tous les points de vue, tout se faisant avec l'objectivité et droiture (si ça existe).
Dans le texte de Haski, une possiblité de compromi est déjà prononcée, comme dans plusieurs d'autres médias: offrir à la Chine ces deux têtes comme cadeau, car au final, ces deux têtes ne valent pas tant que ça pour Pierre Berger. Mais alors ce bon monsieur Berger a laissé entendre dire que lui offrira ces têtes à condition que la Chine améliore la condition de droit de l'homme.
"Absurde." commente Haski. De ma part, le propos de Berger m'a fait rire. La bonne volonté de M. Berger, qui s'est engagé à soutenir les étudiants sortis de l'affaire tian-an-men de 1989, serait indéniable, mais avec une dose d'arrogance, et en même temps simple, pour ne pas dire romantique (voilà le mot qui agace parfois les Français qui vivent en Chine). La condition humaine en Chine a tant à améliorer, il est très vrai, mais pourquoi lui, il imite aussi fidèlement son Président? L'amélioration du droit de l'homme en Chine ne se fait pas en mettant deux choses qui n'ont pas tant à voir aux deux côtés de la balance, et s'il voudrait y contribuer, il lui aurait fallu faire autrement: faire les expos, par ex, sur l'art, sur l'Histoire, sur la connaissance de l'art, ou du marché de l'art, pourquoi pas.
Ce serait du délire de proposer n'importe quoi en pensant tout toute seule. Toutefois, s'agissant de la vente des têtes, une solution m'a semblée bien acceptable: offrir les deux têtes aux musées de l'art chinois/asiatique à Paris. Il n'y pas qu'un musée parisien au choix:
Guimet que j'ai connu grâce à une française sinophone(?), et
Musée Cernuschi dont un Chinois à Paris a mis du lien dans sa réponse au communiqué. Si cela soit fait, tout le monde sera content. Les Chinois se caleront un peu si l'on explique l'idée de l'exception culturelle, le gouvernement chinois se contenterait de ne pas y mettre la pression, les diplomates français n'auront pas à serrer le nerf, le public français et européen aura l'occasion d'aller voir ces têtes chinoises et connaître un peu la civilisatoin/l'Histoire chinoise, et Pierre Berger, tout comme ce qu'a écrit Haski, aurait pu donner une très belle leçon humainitaire et historique à la Chine, par sa tolérance et sa générosité (ex. du don/mécénat que les riches chinois sont absolument invités à suivre!), avec éventuellement la citation de Hugo qui accompagnerait son joli geste:
"L'empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il était aujourd'hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du palais d'été? J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée."
Mais existe-il un idéal qui se rend réel?
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Infos Presse: -Pour consulter le communiqué en question: cliquez ICI (fr/cn)
-Infos AFP actualisées: cliquez ICI